formation

Au début des années 70 le folk et le rock sont partout !

La guitare est en train de devenir l'instrument le plus joué mais très peu de luthiers en assurent encore l'entretien, les musiciens professionnels s'adressent le plus souvent aux ateliers Favino ou Jacobacci à Paris qui reçoivent des commandes et des réparations de tout l'hexagone. A Mirecourt les ateliers Patenotte et Gérôme offrent des instruments dans le style des guitares qu'ils ont toujours fait et hormis les luthiers de guitare classique, les autres sont davantage concentrés sur un style, citons Selmer, Castelluccia, Di Mauro, Busato… Les guitares américaines sont encore rares et coûteuses. L'offre en matière d'entretien, de réglages et de réparation est plus que réduite.

Pendant ce temps là…
A l'école St François d'Albertville un certain gamin ne montre pas beaucoup d'enthousiasme dans sa scolarité, plutôt près du radiateur qu'au tableau ! Rien n'étant jamais perdu, en classe de 4° le prof de Maths se trouve être un fervent partisan des maths modernes. Etait-ce le talent du professeur ou la beauté structurale de cette matière, toujours est-il que Christophe se passionne pour cette matière et se met enfin à travailler en classe !
Les Lazaristes En 1968 après le décès de son père, Christophe entrera aux Lazaristes à Lyon, un établissement réputé pour sa sévérité mais dispensait un enseignement scientifique et technologique de premier choix. Il passera facilement son Bac "E" en 72 et entrera en Math Sup à l'Ecole Catholique des Arts et Métiers. C'était la suite logique pour devenir ingénieur. A ce moment pourtant cette phase d'études voit arriver son terme pour totale incompatibilité d'humeur, ses idées qu'on pourrait aujourd'hui qualifier d'écolo/décroissantes ne pouvaient s'accorder avec le discours ultra-élitiste de l'établissement.
Pourtant, lors d'un atelier de modelage Christophe découvre le travail du bois.
Le modelage consiste à réaliser des modèles généralement faits en aulne destiné à la coulée de la fonte. Le modèle donne la forme en creux des moules en sable réfractaire dans lesquels sera coulée sera effectuée, ces modèles répondent à des règles de conception très précises.
Guitariste amateur depuis l'âge de onze ou douze ans, il s'imagine rapidement fabriquer son propre instrument.
En juin 73 la rupture demeurait le seul sujet d'entente entre lui et l'école, il négocie de terminer tout l'enseignement d'atelier de l'année avec le prof de modelage et fabriquer une première petite guitare.

Alexandre Boyadjian

Alexandre Boyadjian est un grand luthier de guitares classique et de luths renaissance. Il crée seul de remarquables instruments. Au fil de ses recherches de professionnels régionaux Christophe entend vite parler de lui. Après quelques visites il est autorisé à le regarder travailler… à la condition expresse de se taire !
Quelle mine d'informations ! Les techniques décrites dans les livres sont bien loin que se qu'il voit là. Tous les détails des techniques du maître, joints de table à la varlope, affutage très fin, cintrage d'éclisse d'une précision et une vitesse ahurissantes, taille des fines rosette des luths assemblage des rosaces des guitares.
Aidé des conseils précieux de son maître d'atelier, Christophe réalisera une petite guitare acoustique à quatre cordes. Leduc #001 Faute d'outillage pour cintrer les éclisses la caisse sera ronde, Alexandre lui donnera une touche en ébène cassée vers la quatrième case, ce qui déterminera le diapason court du projet. Les bois pour la caisse et la manche viendront des magasins locaux de bricolage tandis que sous l'influence de ce superbe luth vu récemment chez Alexandre, le chevalet et la rosette seront finement sculptés en buis.
Cette première expérience se termine en mai 73 de façon encourageante.
Malheureusement cet instrument a été perdu sans qu'aucune photo ni note n'ait subsisté. Cinquante ans plus tard une réédition en a été réalisée de mémoire.

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