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Carlos :

Pour finir j'aimerais que tu me parles de tes plus importantes rencontres.

Christophe :

Ce n'est pas une question facile et je me demande si j'ai assez de recul pour en juger ! Pourtant deux personnes ressortent manifestement : Jean Weinfeld et Abraham Laboriel.

Jean Weinfeld était déjà un vieux monsieur quand je l'ai rencontré, il avait été élève du Bauhaus à Dessau en Allemagne. (Le Bauhaus est cette école d'architecture et de design dont les professeurs étaient Klee, Kandinsky, et bien d'autres. Elle fut fermée en 1933 par les nazis pour ses enseignements subversifs.) Sur la fin de sa vie Jean a construit une quarantaine de sculptures en forme d'instruments de musique délirants. Ces "instruments" pouvaient jouer plus ou moins mais leur immense valeur à mes yeux est dans ce regard marginal, extérieur, visionnaire parfois qu'a eu Jean sur les instruments à cordes.

Sa vision d'architecte non-conformiste me permet de toujours garder à l'esprit la fonction première de l'instrument de musique et les interminables conversations que nous avons eues m'ont aidé à mieux comprendre certaines réalités physiques et acoustiques au moment ou je travaillais sur la U-Basse. Il m'a offert trois de ses sculptures dont une qui porte le nom de mon fils.

Abraham Laboriel est le plus incroyable musicien que je connaisse, sa musique n'est pas un but en soi comme on le voit trop souvent, c'est pour lui un outil supplémentaire pour communiquer. Juste une petite anecdote pour illustrer ça : C'est Maurad Azzougui de Lyon qui m'a présenté à Laboriel, un jour qu'Abraham expliquait un thème à Maurad et que ce dernier ne parvenait pas à le comprendre, il lui a montré comment danser ce thème, ils l'ont dansé ensemble, puis Maurad l'a passé du premier coup ! Chez Abraham chaque note est là pour exprimer cette manière d'être ensemble.

Depuis 2004, l'atelier est situé à Boulange-Bassompierre, voir le plan d'accès.

 

 

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Après avoir racheté le fond de commerce qu'il avait vendu, Christophe repart à zéro, ne voulant plus fabriquer que les instruments qu'il aime, avec comme seul objectif une qualité absolue dictée et contrôlée par les musiciens professionnels. Il sait que la source de toute inspiration est sur le terrain, ses meilleurs modèles sont le fruit d'années d'échanges constants avec les musiciens, tant en réparation qu'en fabrication. Il ouvre donc un petit atelier dans le centre de Thionville pour honorer les commandes qui reviennent déjà. L'une d'elles est une basse à double manche séparable qui demandera six mois de travail. Exposée au salon de Paris 88, elle impressionnera fortement les bassistes et marquera son véritable retour sur le marché. Elle fut élue par le Livre Mondial des Inventions de 89.

C'est peut être cet instrument qui a fait que pendant quelques années Christophe fabriquera beaucoup plus de basses que de guitares. Une basse pourtant, est plus difficile à réaliser qu'une guitare, la tension supérieure des cordes rend plus aigus les problèmes acoustiques et mécaniques, mais la difficulté n'est pas pour lui déplaire... La basse fretless revenant à la mode musiciens et revendeurs s'aperçoivent qu'il en fait d'excellentes, la MP628 paraît en page de couverture de Guitar World (sept-89) et voilà la petite entreprise prend de l'ampleur.

Cette même année, la rencontre avec Alain Caron marque encore une étape nouvelle. Ces deux passionnés échangent longuement leurs idées sur la basse, et Christophe se souvient d'un projet ancien qu'il expose à Alain enthousiaste. De là naîtra un an plus tard la fabuleuse U-Basse qui fait maintenant le tour du monde. Un brevet international protège la U-Basse exposée depuis 91 lors de nombreux salons comme Francfort, Los Angeles, Tokyo, Paris, Luzerne, Valencia, Anvers etc. Le célèbre luthier américain Mike Tobias à tenu à en acquérir une, les plus grands bassistes comme Laboriel, Caron ou Di Piazza ont la (ou les) leur(s) !

Tout le parcours de Christophe Leduc est inscrit dans le long terme, la garantie à vie de ses instruments en est la meilleure preuve. Il est très concerné par la formation professionnelle. Pendant trois ans il a enseigné à l'Institut Européen de Métiers de la Musique du Mans, il a eu pour élève ou comme collaborateur un grand nombre de luthiers français (Do Caillierez, Michel Bracq, Alain Grégoire, Thierry Carrel, Hervé Prudent, Patrice Blanc, Martine Montassier etc.) et il accueille régulièrement des groupes de scolaires dans son atelier.   lire la suite ...

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Carlos :

C'est à Rombas que tu as sorti les séries "Ubic" dont le corps était moulé en résine synthétique.

Christophe :

Quelle histoire que le moulage de ces corps ! On a mis un temps fou pour le mettre au point, mais ça sonnait bien ! Le challenge était de faire une guitare encore plus facile à fabriquer que la Strat. On y est arrivé ! Le corps injecté pouvait avoir des formes folles impossibles à réaliser en bois et la manche tout en érable et sans tête était réduit à sa plus simple expression.
Ce modèle aurait pu marcher, mais mon erreur à été de la dessiner un peu trop petite, elle avait un coté jouet. Le service commercial fit l'erreur d'orienter la pub sur l'absence de tête (on voyait deux personnages de la révolution française brandissant des piques) l'accent était mis sur ce qui empêche justement la plupart des musiciens d'acheter une sans-tête, malgré tous les avantages que cela comporte.

Carlos :

On peut aussi parler des séries "Electric Lady Line" que tu as sorties peu après ?

Christophe :

Oui, après les "Ubic" il avait fallu réagir très vite. Les "Lady" plus traditionnelles ont eu beaucoup de succès. Puisqu'on parlait de design, les "Lady" sont les premiers modèles que j'ai conçus en partant des contraintes de l'outil de production, c'est à dire qu'elles ont été faites pour obtenir un maximum de performance pour un prix de revient minimum.

Cela nous permettait de sortir un instrument avec de très bons bois et de bons micros, pour guère plus de quatre mille Francs. Je crois que peu de fabricants européens en sont capables aujourd'hui. Au bout d'un an, l'entreprise de Rombas (France instruments) n'avaient pas encore retrouvé sa rentabilité. Après deux ans la poursuite s'avérait impossible et un terme dût être mis à cette expérience industrielle.

Carlos :

Ton meilleur souvenir de cette période ?

Christophe :

C'était lors d'un salon à la Villette, on avait un stand magnifique, comme un magasin, tout en vitrage, rempli de plantes, de fleurs et de guitares!

Carlos :

Et maintenant, pourquoi Thionville ?

Christophe :

Thionville est riche d'histoire, elle remonte aux Romains. Elle fut avec Aix La Chapelle la cité de prédilection de Charlemagne. Son histoire récente et l'immense prospérité de sa période industrielle ont rendu sa population extrêmement composite tout en conservant cette chaleur caractéristique du nord de la France. Cette culture de solidarité me plaît beaucoup, et puis d'autres raisons privées ont achevé de me décider !       la suite...

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Pour pouvoir se consacrer pleinement à la fabrication, Christophe s'était associé avec Eric Berthelot (gestionnaire) et Alain Grégoire jeune vosgien très doué en vernissage qui lui avait été présenté par Thierry Carrel. Dominique Caillierez était aussi venu de Lyon. La Sàrl "Société Instrumentale" fut constituée en Juillet 81 et l'installation n'a pas été très facile. Après deux mois de travaux d'aménagement, il a fallu isoler la toiture, déshumidifier le bâtiment depuis longtemps inoccupé, fabriquer les gabarits d'usinage, aménager les postes de travail et former le personnel.

Les premières séries furent prêtes à la fin de l'année, distribuées par SMI qui avait exposé les prototypes lors du salon de Vincennes en Septembre. En 82 une dizaine de personnes travaillaient dans deux mille mètres carrés d'atelier au milieu des sapins, des machines partout, d'énormes piles d'érable, d'aulne et de noyer s'entassaient vers le séchoir et des chariots de guitares en cours de fabrication attendaient près des machines. Les gros tuyaux de la centrale d'aspiration contournaient l'arbre de transmission qui permettait autrefois de faire tourner les machines textiles. Chaque mois 80 instruments étaient fabriqués.

 Les "D3" et les "Clean" sont des guitares à manche conducteur, les premières à proposer de série les maintenant fameux micros Seymour Duncan, les basses "BD3" étaient déjà disponibles en 4, 5 ou 6 cordes, frettés ou fretless. Presque tout était fabriqué sur place, les cordiers et les boutons de potentiomètre en bronze, les entourages de micro guitare et les capots de micro basse. Les séries "2" arrivèrent fin 82 avec la D2 (version light de la D3 avec touche palissandre, pièces chromées, cornes arrondies et micros Schaller) et la BD2 (manche vissé, pièces chromées et micros Schaller).

En 83 furent fabriquées dix "Invader" ces guitares-fusée sans tête dont le corps est formé de deux tubes métalliques parallèles, elles furent offertes aux dix meilleurs revendeurs français.    lire la suite...

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Toutes ses économies sont englouties par ce local petit mais bien placé, et durant les premiers mois, chaque franc est encore investi en outillage et en bois. Au début évidemment il n'est pas question de fabriquer, car il trouve nécessaire de mieux dominer tous les aspects de la réparation : les réglages, planimétries et refrettages, les différents vernis et la restauration d'instruments anciens. Dans la boîte de nuit voisine défilent les meilleurs guitaristes espagnols de flamenco, ils viennent le voir pour régler et réparer leurs magnifiques et fragiles instruments. Du charengo sud-américain à la guitare flamenca, tous les instruments sont l'objet de sa curiosité, y compris de nombreux instruments orientaux comme le très complexe sitar indien dont il devient rapidement un spécialiste connu; au point qu'on lui confie un jour la restauration d'un somptueux sitar vieux de plus d'un siècle. Mais ses goûts et sa clientèle le portent toujours vers les guitares.

Les travaux qu'on lui confie sont de plus en plus importants et passionnants, mais il refuse toujours de fabriquer ses propres instruments, ne sentant pas encore le moment venu. Ce moment viendra fin 79. Après six ans de ce qu'il considère comme son apprentissage, naît enfin la Leduc n° 003! Marquée du sceau de la mécanique, son manche est construit autour d'un "T" en Duralinox. Le corps est en noyer américain, et si sa forme rappelle un peu la Curlee, la célèbre tête Leduc est déjà bien là, dès la n° 2 en 1977. A ce propos, ne trouvez-vous pas que ce style de tête fait curieusement école depuis quelques années ?

A Lyon, seront fabriqués 24 instruments au total, tous numérotés de 001 à 024, les chiffres étant précédés des initiales du propriétaire quand il s'agissait d'une commande et de CL pour les autres.
Parmi ces 24 pièces on trouve des électriques bien sûr, mais aussi des acoustiques, des basses, une guitare ténor, une mandoline et même un ancêtre d'électroacoustique!
Pendant cette période très créative, Christophe accueille Dan Armandy, le grand virtuose de l'électronique musicale et de l'algèbre en base 2 !
Leurs différentes collaborations donneront des choses étonnantes et très en avance, comme un synthé hexaphonique pour guitare, le premier multi-effets programmable du marché, ou bien des effets tournants corde par corde complètement vertigineux!
En 80, les affaires marchent plutôt bien, Christophe s'attache les services de Do Caillierez. (Qui poursuivit ensuite ses activités au sein de DNG).

Il rêve d'une fabrication plus rationnelle qui permettrait de s'attaquer efficacement aux problèmes de qualité que rencontrent tous les fabricants, et atteindre ainsi de meilleurs rapports qualité-prix. Daniel Neyret est en train de monter sa boîte de distribution, les projets vont bon train!

Carlos :

Pourquoi t'es-tu alors t'installé dans les Vosges ?

Christophe :

De nombreuses raisons à cela. Une partie de ma famille y vit, ils m'ont tous beaucoup aidé à monter cette nouvelle entreprise, d'autre part il était impossible de trouver des locaux à Lyon qui soient assez vastes pour un prix abordable. Il me faut admettre aussi que j'avais la bougeotte après douze ans passés à Lyon !   la suite...

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Une interview assez complète écrite par Carlos Pavicich
Toute la chronologie des différents ateliers, le pourquoi du parcours.

En Mai 1973 naissait la première guitare Leduc, un petit instrument acoustique à quatre cordes qui portait le numéro 001 ! 44 ans déjà, Champagne ! Maturité et itinéraire peu banal !

Quand Christophe Leduc ouvre l'atelier de Thionville en 1986, il met un terme à son expérience industrielle. La nouvelle production rompt résolument avec les anciens modèles fabriqués en série. Chaque pièce est maintenant ciselée avec amour, soigneusement adaptée au jeu et à la personnalité de chaque musicien. Après plusieurs années de "struggle for life", il lui parut nécessaire de respirer un peu, remettre en question une montagne de certitudes. Prendre de nouveau le temps d'écouter et de parler, de comparer et d'expérimenter encore.
Quelques années passèrent encore à ce nouveau rythme, et les petites Leduc devenues grandes, font maintenant sans tapage leur petit tour du monde! Mais j'ai voulu tout savoir depuis le début ...     la suite...

 

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Guitares et basse Leduc, 12 rue du Pont F-57655 Boulange | tél: +33 382 53 16 16 | guitare@leduc.fr
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